Un présentateur de télévision russe évoque la possibilité d’une intervention militaire en Asie centrale

Vladimir Soloviev. Capture d’écran vidéo.

Le présentateur de télévision russe Vladimir Soloviev a qualifié l’Asie centrale de « nôtre » et a évoqué la possibilité de mener une « opération militaire spéciale » dans les zones d’influence de la Russie. Ces déclarations ont été faites dans l’émission Soloviev Live du 10 janvier.

M. Soloviev a noté, en commentant l’intervention militaire américaine au Venezuela et les prétentions de Trump sur le Groenland, que Washington ignorait le droit international et prenait tout ce qu’il souhaitait. Mais que pour Moscou, ce qui importait le plus n’était pas la situation au Venezuela ou en Syrie, mais celle dans les pays d’ex-URSS.

« Nous ne devons pas nous préoccuper en ce moment de la Syrie ou du Venezuela. Nous ne devons pas perdre nos positions, mais le plus important pour nous, c’est l’étranger proche [expression utilisée en Russie pour désigner les états post-soviétiques – ndlr]. Pour nous, ce qui se passe en Arménie est bien plus douloureux que ce qui se passe au Venezuela. Perdre l’Arménie, voilà un problème gigantesque. Les problèmes dans notre Asie, – l’Asie centrale, comme on dit – voilà ce qui pourrait être un problème gigantesque pour nous », a déclaré M. Soloviev.

Il a affirmé que la Russie devait « formuler très clairement ses objectifs et ses tâches » et expliquer que « les jeux sont terminés ».

« Le droit international, l’ordre international, on s’en fiche. Si, pour notre sécurité nationale, il nous a fallu lancer une opération militaire sur le territoire de l’Ukraine, pourquoi ne pourrions-nous pas, pour les mêmes raisons, lancer une opération dans d’autres endroits de notre zone d’influence ? », s’est interrogé le présentateur.

M. Soloviev a proposé de « formuler notre doctrine nationale et de déterminer clairement quelle est notre zone d’influence. Et tout sera clair. »

Il n’y a pas eu de réaction officielle aux déclarations de M. Soloviev dans les pays d’Asie centrale. C’est en Ouzbékistan que l’opinion publique s’est le plus indignée des propos du présentateur russe. En particulier, le président du mouvement « Yuksalish », le député Bobour Bekmourodov, a souligné que « de telles provocations ne font que transformer les voisins en ennemis ».

« Les temps ont changé. L’époque où le destin des peuples se décidait par des cris depuis les studios de télévision ou par les directives des “grands frères” est depuis longtemps reléguée aux oubliettes de l’histoire. Nos frontières sont notre honneur et notre dignité. Toute menace contre notre indépendance sera accueillie non par de la “soumission”, mais par une réponse unie et ferme de la nation », a averti M. Bekmourodov.

Le recteur de l’Université de journalisme et de communication d’Ouzbékistan, Sherzodkhon Koudratkhoudja, a qualifié les propos de M. Soloviev de manifestation d’un « pur langage colonial », où les États souverains sont considérés comme des objets et les frontières comme des obstacles.

« C’est la normalisation de la guerre comme outil politique. L’Ukraine est devenue un précédent, l’Asie centrale est l’objet de fantasmes exprimés à haute voix, et la “zone d’influence” est une justification universelle pour toute violence, enrobée de discours sur la sécurité », a constaté le recteur.

Il a exprimé l’espoir que les paroles du présentateur russe ne soient qu’une technique de propagande et non le reflet de la position officielle du Kremlin, mais il a noté que de telles déclarations restent rarement de la simple rhétorique.